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Entrevue avec Swann Arlaud

CrĂ©dit photo : Marie Rouge / Unifrance

Entrevue avec le comĂ©dien Swan Arlaud pour la sortie du film L’Inconnu de la Grande Arche.

DiplĂŽmĂ© des Arts dĂ©coratifs de Strasbourg, Swann Arlaud est un habituĂ© des rĂ©compenses. Il a reçu cinq nominations aux CĂ©sar, incluant une pour son nouveau film, L’Inconnu de la Grande Arche, dans lequel il incarne l’architecte Paul Andreu. Au total, il en a remportĂ© trois : un pour le meilleur acteur pour Petit Paysan (2018) et deux pour le meilleur acteur dans un second rĂŽle pour les films GrĂące Ă  Dieu (2020) et Anatomie d’une chute (2024).

Vous interprĂ©tez l’architecte Paul Andreu. Qu’est-ce qui vous attirait dans ce rĂŽle ?

En rĂ©alitĂ©, ce qui me plaisait, c’était l’histoire du film, que je ne connaissais pas du tout. J’ai lu ce scĂ©nario avec beaucoup de plaisir. Je connaissais aussi assez bien StĂ©phane Demoustier, le rĂ©alisateur. J’y suis d’abord allĂ© parce que le scĂ©nario Ă©tait super et parce que j’aime beaucoup ses films. Et ce n’est pas Ă©vident de jouer un architecte, parce que c’est une fonction trĂšs abstraite. Il n’y a rien de concret. C’est mental, quoi (rires) !

Comment s’est dĂ©roulĂ©e votre rencontre avec Claes Bang, qui incarne l’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen ?

Comme il est danois, il ne parle pas français. Il a dĂ» apprendre tout le rĂŽle sans parler la langue. C’est quand mĂȘme une vraie difficultĂ©. Donc, il y avait ce contraste entre sa stature imposante et, en mĂȘme temps, la vulnĂ©rabilitĂ© dans laquelle ça le mettait d’ĂȘtre l’étranger. J’ai beaucoup aimĂ© travailler avec lui et, comme mon personnage, j’avais plutĂŽt envie de l’aider Ă  trouver sa place (rires).

Vous jouez aussi avec Xavier Dolan. Qu’avez-vous aimĂ© chez lui ?

Avec Xavier, on a beaucoup ri ! Je suis fan de lui depuis J’ai tuĂ© ma mĂšre. Au dĂ©but, j’étais un peu impressionnĂ© de le rencontrer, puisque je suivais son travail depuis des annĂ©es. Mais trĂšs vite, on a créé un lien. Je trouve que ce qu’il fait dans le film est absolument dĂ©licieux. Il s’est beaucoup amusĂ© avec ce langage.

« Avec Xavier Dolan, on a beaucoup ri ! Je suis fan de lui depuis J’ai tuĂ© ma mĂšre. Au dĂ©but, j’étais un peu impressionnĂ© de le rencontrer, puisque je suivais son travail depuis des annĂ©es. Mais trĂšs vite, on a créé un lien. »

Le film se dĂ©roule dans les annĂ©es 1980. Je pense qu’on peut affirmer qu’il s’agit d’un film d’époque. À quel point est-ce agrĂ©able pour un comĂ©dien de jouer dans une autre pĂ©riode de l’histoire ?

Eh bien, on a fumĂ© beaucoup de clopes (rires) ! AprĂšs, les dĂ©cors demeurent subtils, comme avec les bagnoles. En mĂȘme temps, c’est marrant parce que, comme je suis nĂ© au tout dĂ©but des annĂ©es 80, je ne le vis pas comme une Ă©poque passĂ©e. Je l’ai traversĂ©e en tant qu’enfant, donc ce n’est pas la mĂȘme chose que de faire des films sur les annĂ©es 30, par exemple, oĂč lĂ  c’est Ă©videmment quelque chose qu’on n’a pas connu. Mais oui, c’est assez Ă©mouvant de retrouver des objets et des sensations de cette pĂ©riode dans les dĂ©cors.

Comment StĂ©phane Demoustier dirige-t-il ses comĂ©diens ?

StĂ©phane est, comme dans la vie, d’une grande Ă©conomie de mots, mais il a une grande intelligence. C’est trĂšs agrĂ©able de travailler avec lui. D’abord, on ne le voit jamais dĂ©passĂ© par les Ă©vĂ©nements. Il garde toujours son calme. Et il a une Ă©lĂ©gance permanente, c’est-Ă -dire Ă  la fois dans son rapport au travail et dans son rapport aux gens. C’est pareil dans sa direction d’acteurs : il dĂ©pose un mot comme ça. C’est toujours juste et intelligent. Ce qui Ă©tait marrant par rapport Ă  nous, c’est qu’il a choisi des acteurs qui possĂšdent tous des registres de jeu absolument diffĂ©rents. Et ça fonctionne (rires) ! C’est quand mĂȘme ça aussi, le talent : savoir mettre ensemble plusieurs individualitĂ©s.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris chez Spreckelsen ?

Surpris, je ne sais pas
 C’est peut-ĂȘtre le personnage de Paul qui parle Ă  travers moi, mais je trouve dommage que tout Ă©tait rĂ©uni pour qu’on y arrive. Il fallait juste parfois faire de petits ajustements. LĂącher un peu de lest pour prĂ©server le reste. Il n’a voulu faire aucune concession sur rien, ce qui est quand mĂȘme le propre du travail collectif, surtout dans la crĂ©ation. Faire du cinĂ©ma, c’est pareil : c’est jongler avec des obstacles et prendre en considĂ©ration les propositions des autres. C’est donc dommage parce qu’en fait, je ne trouve pas que ce soit un bĂątiment passionnant aujourd’hui. S’il avait Ă©tĂ© plus dans le collectif, peut-ĂȘtre que son monument serait plus Ă  l’image de ce qu’il voulait faire. Peut-ĂȘtre pas exactement comme il l’avait rĂȘvĂ© – puisqu’un rĂȘve, c’est quand mĂȘme quelque chose d’inatteignable –, mais on peut trouver les moyens de s’en approcher au mieux. C’est quand mĂȘme une figure un peu tragique. |

Le drame L’Inconnu de la Grande Arche prend l’affiche le 13 mars.