CrĂ©dit photoâ: Philippe Quaisse / Unifrance
Entrevue avec l’acteur Pierre Niney pour la sortie du film Gourou.
Pierre Niney est lâun des acteurs prĂ©fĂ©rĂ©s du public français. Il a Ă©tĂ© nommĂ© Ă quatre reprises aux CĂ©sar dans la catĂ©gorie du meilleur acteur, remportant la statuette en 2015 pour le film Yves Saint Laurent. En 2024, il incarne Edmond DantĂšs dans Le Comte de Monte-Cristo qui, avec ses 9,4 millions dâentrĂ©es, se hisse Ă la quinziĂšme place des films français les plus populaires de tous les temps au box-office français. Dans Gourou, de Yann Gozlan, Niney interprĂšte Matthieu Vasseur, un coach de vie qui sâengage dans une fuite en avant le menant aux frontiĂšres de la folie et de la gloire.
Vous ĂȘtes lâidĂ©ateur de cette histoire. Quâest-ce qui vous intĂ©ressait dans le monde des coachs de vieâ?
Je voulais faire un film sur les orateurs depuis longtemps, sur le pouvoir quâils peuvent avoir sur la foule, sur notre besoin de croyance, cette soif intarissable qui nous a amenĂ©s Ă faire de trĂšs belles choses, mais aussi dâautres plus condamnables, douteuses, dangereuses, violentes. Je voulais questionner ça. Et puis, dans un second temps, les coachs se multipliant sur les rĂ©seaux sociaux, prodiguant leurs conseils, jây ai vu un lien Ă©videntâ: ce sont un peu nos orateurs modernes. Ces sĂ©minaires sont devenus les grandes messes dâaujourdâhui, qui ont remplacĂ© en partie le sentiment dâappartenance commune Ă une religion ou Ă un parti politique, dont on sâest quelque peu dĂ©tournĂ©s.
Comment avez-vous approchĂ© votre personnage du coach Mattâ?
Jâai fait beaucoup dâobservations de coachs existants, aux Ătats-Unis, mais aussi en France, parce quâon en a pas mal. Il y a donc eu tout ce travail dâobservation. Yann est allĂ© dans des sĂ©minaires pour se documenter Ă©normĂ©ment. De mon cĂŽtĂ©, jâai regardĂ© beaucoup de formations en ligne, de vidĂ©os. Et puis, jâai fait du sport pour ĂȘtre apte Ă tenir ces sĂ©minaires-lĂ , Ă tenir la salle, Ă convaincre, persuader, Ă©mouvoir, embarquer les gens, comme dans un spectacle de théùtre, comme un show. Le sport servait aussi Ă travailler le corps, pour pouvoir vendre cet idĂ©al, ce rĂȘve, avec cette vitrine trĂšs importante pour un coach qui travaille autant sur lâimage que le coach Matt.
Est-ce quâil y a des fans qui ont agi comme le personnage de Julien dans le film, qui franchissent tout Ă coup une barriĂšreâ?
Oui, ça mâest arrivĂ©. Parfois, les gens projettent des choses qui dĂ©passent le cadre dâune relation relativement normale entre un artiste et quelquâun qui suit son travail. Des stalkers, des personnes qui vous suivent, qui sont prĂ©sentes Ă plein dâendroits, et ça devient gĂȘnant. Ăa a pu mâarriver, comme Ă beaucoup dâacteurs et dâactrices.
Comment gĂ©rez-vous ces situationsâ?
Il faut remettre une distance saine avec la personne et essayer de la maintenir Ă tout prix. Et puis, on est entourĂ©s. Câest aussi pour ça quâon a des Ă©quipes, des agents, qui peuvent aider Ă rĂ©tablir cette distance pour Ă©viter que ça dĂ©gĂ©nĂšre.
«âCâest lâun des rĂŽles que jâai le plus aimĂ© jouer de ma carriĂšre, notamment pour ces grandes scĂšnes de sĂ©minaire. Je renouais avec mon amour du théùtre, le fait de retourner sur scĂšne et de devoir tenir une salle en haleine et lâembarquer.â»
Comment sâest imposĂ© lâaspect thriller du filmâ?
CâĂ©tait assez Ă©vident, dĂ©jĂ parce que je voulais travailler avec Yann Gozlan, et que câest vraiment son univers. Le thriller, le film trĂšs immersif, presque paranoĂŻaque, oĂč tout ce qui peut aller mal se met Ă aller mal. Ensuite, je trouvais quâen allant voir lâenvers du dĂ©cor du coaching, il y avait une vraie promesse dramaturgiqueâ: cette vitrine parfaite, ces vies idĂ©ales quâon voit dĂ©filer sur Instagram, cette promesse de la meilleure version de nous-mĂȘmes. Creuser derriĂšre, câĂ©tait forcĂ©ment dĂ©couvrir tout ce qui peut dysfonctionner, tout ce qui nâest pas Ă la hauteur des attentes. Ce sont des codes qui nous amenaient naturellement vers le thriller, ou du moins vers une certaine noirceur. Ăvidemment, il existe des coachs formidables, et lâidĂ©e nâĂ©tait pas de dire que toute la profession est Ă jeter. Mais il y a souvent une doctrine qui promet un Ă©panouissement spirituel et qui, en rĂ©alitĂ©, ramĂšne trĂšs souvent Ă une idĂ©e de rĂ©ussite matĂ©rielle.
Comme comĂ©dien, quâest-ce que ces scĂšnes reprĂ©sentaient comme dĂ©fiâ?
Câest lâun des rĂŽles que jâai le plus aimĂ© jouer de ma carriĂšre, notamment pour ces grandes scĂšnes de sĂ©minaire. Je renouais avec mon amour du théùtre, le fait de retourner sur scĂšne, de devoir tenir une salle en haleine et lâembarquer. Ce qui Ă©tait trĂšs particulier, câest que je jouais rĂ©ellement avec le public. Il y avait environ 500 personnes qui partageaient la scĂšne avec moi. Je ne mây attendais pas du tout. On Ă©tait dans des Ă©tats assez fous. AprĂšs six jours de tournage non-stop dans la mĂȘme salle, sans fenĂȘtres, il y avait une Ă©lectricitĂ© trĂšs particuliĂšre.
AprĂšs Un homme idĂ©al (2015) et BoĂźte noire (2021), câest le troisiĂšme film que vous tournez avec Yann Gozlan. QuâapprĂ©ciez-vous chez lui comme rĂ©alisateurâ?
Câest un gros bosseur. Il ne compte pas ses heures, il est constamment Ă fond dans son film. Jâaime beaucoup ça. Jâaime aussi sa maniĂšre de filmer. Avec Gourou, il avait vraiment en tĂȘte de faire Ă la fois un film sociĂ©tal, qui parle de nos failles â pourquoi on a sans cesse envie de croire en quelquâun, en quelque chose, pourquoi on recherche tous cet homme ou cette femme providentielle â tout en restant divertissant, haletant, avec des twists et une grande gĂ©nĂ©rositĂ© dans le storytelling. Jâaime ce mĂ©lange. Câest un grand fan de David Fincher, et moi aussi. Je trouve quâil a quelque chose dâun peu «âfinchĂ©enâ» qui me plaĂźt Ă©normĂ©ment.
Dans les trois films que vous avez tournĂ©s avec lui, vous vous appelez Mathieu Vasseur. Une fantaisie entre vousâ?
Câest un peu inexpliquĂ© (rires), si ce nâest que ce sont peut-ĂȘtre diffĂ©rentes versions dâun mĂȘme personnage, toujours en quĂȘte de vĂ©ritĂ© ou cherchant Ă la masquer.
Câest une premiĂšre pour vous en tant que producteur. Est-ce que ça vous a donnĂ© la piqĂ»re de poursuivre lâexpĂ©rienceâ?
Oui, franchement, jâai adorĂ© çaâ! CâĂ©tait passionnant. Jâai dĂ©jĂ des projets en cours et jâai beaucoup aimĂ© assister Yann dans le travail de prĂ©paration, dâĂ©criture, de casting, plutĂŽt que dâarriver au dernier moment. Les acteurs arrivent souvent quand tout est prĂȘt (rires). LĂ , lâidĂ©e, câĂ©tait de cuisiner le plat avant de le servir (rires).
Ătes-vous prĂȘt Ă rĂ©aliser votre premier long mĂ©trageâ?
Non (rires)â! Plus je vois les rĂ©alisateurs travailler, plus je trouve que faire un bon film est quelque chose dâextrĂȘmement difficile. Mais câest dans un coin de ma tĂȘte. Jây viendrai sans doute un jour. |
Le thriller psychologique Gourou est prĂ©sentement Ă lâaffiche.


