Crédit photo : Andrea Raffin
Se mettre à réfléchir à la carrière de l’actrice australo-américaine Nicole Kidman, c’est se rendre compte à quel point elle a su perfectionner son art depuis plus de quarante ans. À partir de sa première apparition au grand écran dans le drame australien Bush Christmas réalisé par Henri Safran, celle qui est née à Honolulu aux États-Unis a toujours réussi à se faire remarquer pour la bonne raison, soit son indéniable talent. Si Nicole Kidman est davantage présente dans les séries depuis quelques années, elle continue d’explorer des personnages complexes au cinéma, comme le prouve son étincelante performance dans le drame de mœurs Babygirl, de la réalisatrice néerlandaise Halina Reijn.
Pour plusieurs cinéphiles, le premier souvenir de Nicole Kidman, c’est celui d’une adolescente dans le film initiatique Le gang des BMX (BMX Bandits) mis en scène par Brian Trenchard-Smith en 1983. Mais c’est surtout dans le thriller psychologique Calme blanc (Dead Calm) du réputé cinéaste australien Phillip Noyce qu’elle attire l’attention en 1989. Aux côtés de Sam Neill et face au menaçant Billy Zane, elle montre toute sa force de caractère à travers son personnage de Rae. Tom Cruise la remarque dans ce film, et il la recrute pour interpréter la docteure Claire Lewicki dans son prochain long métrage fort en adrénaline, Jours de tonnerre (Days of Thunder) réalisé par Tony Scott. Ce drame sportif nous plonge dans le monde des courses NASCAR, et c’est la portée d’entrée de Nicole Kidman à Hollywood, en plus d’ouvrir celle du cœur de Tom Cruise. Le couple se marie au réveillon de Noël à la fin de l’année 1990, et rapidement le duo devient la sensation des magazines et des tapis rouges.
Durant la décennie suivante, celle qui se fait surnommer malgré elle Madame Cruise tourne en moyenne un film par année. Trois longs métrages marqueront son ascension comme actrice, passant des rôles de soutien à ceux de tête d’affiche. En premier, le drame de mœurs Prête à tout (To Die For) de Gus Van Sant sorti en 1995, dans lequel elle campe une Miss Météo assoiffée de célébrité, rêvant de devenir grande reporter peu importe les obstacles devant elle. Pour ce rôle, elle remporte son premier Golden Globe. En 1996, elle tourne devant la caméra de la Néo-Zélandaise Jane Campion dans Portrait de femme (The Portrait of a Lady), basé sur un roman de l’Américain Henry James. Dans ce film d’époque, Nicole Kidman montre de nouvelles couleurs dans sa palette de jeu, et elle tient tête à des acteurs de haut calibre comme Richard E. Grant, Viggo Mortensen et John Malkovich. En 1999, elle partage la vedette avec son mari Tom Cruise pour la dernière fois dans le drame de mœurs Les yeux grand fermés (Eyes Wide Shut), l’ultime film du grand cinéaste Stanley Kubrick. Le très long tournage, qui a duré plus de quinze mois, a laissé des séquelles sur le couple, qui se séparera en 2001.
Grâce à son personnage de Satine dans la comédie musicale Moulin Rouge ! de son compatriote Baz Luhrmann, elle décroche sa toute première nomination pour l’Oscar de la meilleure actrice en 2001.
Nicole Kidman ne vit désormais plus dans l’ombre de son célèbre ex-mari, et elle amorce le nouveau siècle en force. Grâce à son personnage de Satine dans la comédie musicale Moulin Rouge ! de son compatriote Baz Luhrmann, elle décroche sa toute première nomination pour l’Oscar de la meilleure actrice en 2001. Dans ce succès autant commercial que critique, elle crève l’écran auprès de son partenaire de jeu, l’Écossais Ewan McGregor. Tout le monde veut tourner avec Nicole Kidman et elle a l’embarras du choix. Elle enchaîne rapidement les projets, tournant avec le réalisateur hispano-chilien Alejandro Amenábar pour le drame fantastique Les Autres (The Others) et rejoignant Meryl Streep et Julianne Moore dans Les Heures (The Hours) réalisé par l’Anglais Stephen Daldry. Elle épate dans la peau de la légendaire autrice Virginia Woolf, remportant en 2003 l’Oscar de la meilleure actrice, en plus de son troisième Golden Globe, et de partager l’Ours d’argent de la meilleure actrice avec ses deux collègues au prestigieux Festival de Berlin. C’est la consécration !
Continuant sur sa lancée, Nicole Kidman ne craindra pas de prendre des risques, et d’aller à la rencontre de cinéastes plus audacieux, comme le Danois Lars Von Trier pour son dépouillé Dogville (2003), et le Britannique Jonathan Glazer pour son controversé Birth (2004). Mais elle ne délaisse pas pour autant le cinéma grand public, se retrouvant au haut des affiches pour les films Retour à Cold Mountain (Cold Mountain, 2003) d’Anthony Minghella, le suspense L’Interprète (The Interpreter, 2005) de Sydney Pollack et le blockbuster À la croisée des mondes : La Boussole d’or (His Dark Materials: The Golden Compass, 2007) de Chris Weitz. Elle termine cette décennie avec deux films ambitieux : le drame historique Australie, sa deuxième collaboration avec Baz Luhrmann, avec son compatriote Hugh Jackman ; et la comédie musicale Neuf (Nine) de Rob Marshall entourée de Daniel Day-Lewis, Marion Cotillard et Penélope Cruz.
Après avoir pris les traits de Virginia Woolf dans Les Heures, et de la photographe Diane Arbus dans Fur : Un portrait imaginaire de Diane Arbus (Fur: An Imaginary Portrait of Diane Arbus, 2007) réalisé par Steven Shainberg, Nicole Kidman prend goût à interpréter des femmes marquantes de l’histoire. Elle sera l’actrice Grace Kelly dans Grace de Monaco (2014) du cinéaste français Olivier Dahan, l’exploratrice Gertrude Bell dans Reine du désert (Queen of the Desert, 2015) de l’Allemand Werner Herzog, et la comédienne Lucille Ball dans Being the Ricardos (2021) de l’Américain Aaron Sorkin. Elle trouve son équilibre entre les films divertissants comme Paddington (2014) de Paul King, deux volets d’Aquaman réalisé par James Wan (2018 et 2023) et des œuvres plus exigeantes comme Trou noir (Rabbit Hole, 2010) de John Cameron Mitchell, Stoker (2013) du coréen Park Chan-wook, Mise à mort du cerf sacré (The Killing of a Sacred Deer, 2017) du grec Yórgos Lánthimos et Destruction (2018) de l’Américaine Karyn Kusama.
C’est avec la populaire série Petits secrets, grands mensonges (Big Little Lies, 2017), chapeautée par le Québécois Jean-Marc Vallée, que Nicole Kidman fait le saut dans l’univers télévisuel; depuis, elle tourne une série ou deux par année. Comme en témoignera son interprétation dans le nouveau film Babygirl, elle prend encore du plaisir à se mettre en danger comme actrice et à faire confiance aux réalisateurs et aux réalisatrices qui la dirigent. Sans l’ombre d’un doute, Nicole Kidman est l’une des plus scintillantes étoiles d’Hollywood. |
Le film Babygirl prendra l’affiche en salle en décembre.