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Entrevue avec Denis Podalydès

Image tirée du film Maigret et le mort amoureux (2026)

Entrevue avec le comédien Denis Podalydès pour la sortie du film Maigret et le mort amoureux.

Acteur français, Denis Podalydès est sociétaire de la Comédie-Française depuis 2000. Formé au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, il mène une carrière à la fois au théâtre et au cinéma. Parallèlement à son travail d’acteur, il est aussi auteur et metteur en scène. Après Rien sur Robert (1999), Podalydès retrouve le cinéaste Pascal Bonitzer pour une nouvelle aventure du célèbre commissaire Maigret: Maigret et le mort amoureux.

Étiez-vous un lecteur des œuvres de Georges Simenon avant d’obtenir le rôle de Maigret?

Alors, pas du tout ! Pour moi, Simenon, c’était une sorte de littérature un peu secondaire. Mon frère me disait « mais non, c’est très beau », mais je n’en faisais qu’à ma tête (rires). Et puis, Pascal Bonitzer me propose le rôle et là, j’ai commencé à lire un Maigret, puis deux, puis quarante (rires) ! J’ai trouvé ça littéralement fantastique ! Je me suis dit que j’étais vraiment un idiot (rires) ! C’est de la grande littérature, en fait, avec un style totalement invisible. Ça paraît écrit avec beaucoup de facilité, mais c’est infiniment subtil. À chaque fois, il y a une dimension sociologique hyper riche. On entre dans un milieu comme si on y pénétrait presque par effraction, et il y a un instinct de compréhension des classes sociales. Il y a aussi un rapport homme-femme qui est très riche. Alors, ce n’est pas toujours dans les romans, mais j’aimais aussi beaucoup la présence de sa femme, pour laquelle il éprouve un réel amour. Un amour tout à fait sincère, partagé, normal, et on a l’impression qu’il n’attend qu’une chose: pouvoir rentrer chez lui et partager un bon plat avec elle. Ça fait partie de ce côté du personnage de Maigret où il est à la fois socialement très conformiste et, en même temps, très étrange par sa manière de ne pas participer aux choses, d’enquêter sans se saisir d’un revolver, sans rien brusquer, sans agresser personne. Mais ce genre de personnages sont des êtres de pensée, qui réfléchissent, où l’enquête policière se passe dans la tête avant tout autre lieu. Il faut refaire le meurtre et toute la scène de crime. On la reconstruit dans le cerveau. Et c’est là que tout se passe: ce sont des histoires à la fois profondément cérébrales et, ensuite, concrètes, parce que l’enquête les rend concrètes.

Quelle est la clé physique afin d’incarner le personnage ?

Dès que j’avais le chapeau et la pipe, je ne me suis plus posé de question d’apparence. J’avais les signes distinctifs. Vous savez, c’est comme un personnage qui est une fonction, comme le roi, et qui doit avoir sa couronne et son sceptre. Et même s’il n’a pas la tête d’un roi, c’est lui le roi (rires). Moi, j’étais Maigret parce que j’avais le chapeau et la pipe. Donc, à partir du moment où j’avais tout ça, je me sentais presque légitime (rires).

Le roman est paru en 1960, mais le film se déroule dans les années 2000. Que pensez-vous de cette transposition temporelle de l’intrigue?

Même si l’action a été transposée de nos jours, il demeure malgré tout le personnage auquel on a été habitué dans les livres et dans les films de l’époque. Je pense que, même quand vous lisez les romans de Simenon, quel que soit le moment où ils sont écrits, vous n’identifiez pas vraiment l’époque. Il y a quelques marqueurs de temps, mais généralement, ils restent dans une sorte d’intemporalité, un peu comme Tintin.

« Dès que j’avais le chapeau et la pipe, je ne me suis plus posé de question d’apparence. J’avais les signes distinctifs. Vous savez, c’est comme un personnage qui est une fonction, comme le roi, et qui doit avoir sa couronne et son sceptre. Et même s’il n’a pas la tête d’un roi, c’est lui le roi (rires). Moi, j’étais Maigret parce que j’avais le chapeau et la pipe. Donc, à partir du moment où j’avais tout ça, je me sentais presque légitime (rires). »

Qu’est-ce qui vous intéressait dans l’intrigue ?

Le film parle d’un monde aristocratique très conservateur. J’ai grandi à Versailles, donc je connais ce milieu à la fois très misérable et très conservateur. Je vivais dans un immeuble où habitaient des gens très désargentés; en fait, c’étaient des aristocrates, mais ils n’avaient plus rien. Ils n’avaient plus de fortune et vendaient les meubles les uns après les autres. Ils habitaient dans de très grands appartements vides. Puis, un jour, ils sont partis. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. Tout était très fermé et très secret. Les gens se retrouvaient beaucoup à l’église et parlaient pas mal. Il y avait toujours des grenouilles de bénitier. C’était très catholique. Quand j’ai lu le scénario, puis le roman, j’ai presque retrouvé ce monde très triste et opaque, mais avec une certaine grâce quand même.

Comment est Pascal Bonitzer comme réalisateur ?

J’avais tourné une fois avec lui, mais dans un petit rôle. J’aime beaucoup ses films, justement pour leur côté parfois intemporel. Ils sont toujours un peu hors de l’actualité et, en même temps, ils parlent du monde présent. J’étais très surpris qu’il me propose Maigret. Je pensais même que c’était une erreur (rires)! Il m’a tout simplement dit qu’il me voulait et il n’a pas justifié plus que ça. Donc, moi, j’étais ravi et tout heureux. À partir de là, je suis entré dans ce jeu de confiance: quand il me disait une chose, je la faisais. Je ne m’interrogeais même pas. On répétait, on lisait les scènes, je le regardais et, s’il me faisait un signe positif, c’était bon, je continuais; et s’il me faisait « hop hop », j’arrêtais, je lui demandais une explication et je repartais. C’était une confiance totale de moi envers lui, et puis, de jour en jour, de lui envers moi. Finalement, les clés du rôle, c’était un calme quasi à toute épreuve. Parfois, en répétition, j’essayais de donner des « volts » à la scène, de la survolter un peu, de créer des contrastes entre différents états. Mais on revenait toujours à une sorte de douceur presque mélancolique et de grand calme. Finalement, j’ai adopté ce rythme-là. Je pense que Maigret n’est pas un rôle tellement difficile à jouer, parce qu’il est ce que vous êtes à partir du moment où vous avez les attributs. C’est une question de mise en scène. Le réalisateur a en charge le personnage, presque plus que l’acteur, qui doit surtout avoir le sens de la nuance et de l’écoute.

Qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?

Le tournage n’était pas très long (rires). Ce qui était merveilleux, c’est que j’ai pu me consacrer entièrement au tournage. Je n’avais ni répétitions ni représentations au théâtre en même temps. J’avais une vie à la Maigret (rires). Le matin, je quittais mon 11e arrondissement, je prenais le métro et je lisais le scénario pendant tout le trajet. J’arrivais après avoir lu au moins une vingtaine ou une trentaine de pages. J’avais mémorisé mon dialogue et j’étais prêt à mettre mes chaussures de Maigret (rires). |

Le drame policier Maigret et le mort amoureux est présentement à l’affiche.