Crédit photo : Marie Rouge / Unifrance
Entrevue avec la comédienne Léa Drucker pour la sortie du film Dossier 137.
Formée au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, Léa Drucker mène une carrière au cinéma, à la télévision et au théâtre. Elle obtient le César de la meilleure actrice pour son rôle dans Jusqu’à la garde en 2019, puis de nouveau en 2026 pour Dossier 137. Dans ce drame policier de Dominik Moll, elle incarne Stéphanie Bertrand, une enquêtrice au sein de l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN).
Qu’est-ce qui vous intéressait dans le personnage de Stéphanie Bertrand ?
Ce qui m’intéressait, c’était à la fois le conflit externe majeur, à savoir cette grande crise des gilets jaunes, et le conflit intérieur de cette femme, tiraillée dans sa fonction. Dans un premier temps, on nous permet de pénétrer le milieu de l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN), un univers peu connu et très opaque. Ensuite, au sein de cet environnement assez froid, émergent des questionnements humains et un tourment intérieur grandissant qui, pour moi, ouvrent une réflexion intéressante d’ordre politique.
Qu’est-ce qui vous plaisait dans le scénario ?
À la lecture, j’ai été particulièrement intéressée par l’aspect documentaire. J’ai été happée par l’enquête et sa dimension de film policier. Puis, à la fin, j’ai été saisie par l’émotion, car ce personnage se heurte à des éléments bouleversants liés aux limites de nos vocations et du système dans lequel on évolue, et dont on accepte les règles. On arrive à un moment où ces règles ne suffisent plus, et où le système atteint ses propres limites face à ce en quoi l’on croit. J’ai trouvé cet aspect très intéressant.
Avez-vous eu la possibilité de rencontrer des enquêtrices de l’IGPN en amont du tournage ?
J’ai été très bien reçue par deux enquêtrices qui ont accepté d’échanger avec moi. Évidemment, je n’ai pas posé de questions sur des dossiers, mais elles ont répondu à des interrogations parfois plus intimes sur le fonctionnement de leur métier. À l’inverse, elles étaient tout aussi curieuses d’en apprendre sur le mien, sur ce que signifie être comédienne et sur le fonctionnement d’un plateau de tournage.
« C’était un film difficile à faire. Quand on porte un film du début à la fin, il faut toujours rester alerte et garder l’esprit vif. »
Après Des nouvelles de la planète Mars (2016), c’est votre deuxième film avec Dominik Moll. Qu’appréciez-vous chez lui ?
On s’entend bien et on rigole (rires) ! Il a un très bon esprit et beaucoup de fantaisie. Il fait preuve d’une grande humanité et d’un profond respect pour les gens et les animaux. C’est un excellent compagnon de route. En revanche, sur le plateau, il est très concentré et ne plaisante pas. Il n’y a pas de sévérité, mais une grande exigence. Et même si l’ambiance reste agréable, on est là pour travailler. Dominik est toujours très respectueux et, s’il y a un problème, il est à l’écoute.
Quels défis représentait ce tournage pour vous ?
C’était un film difficile à réaliser. Lorsqu’on porte un film du début à la fin, il faut rester constamment attentive à l’histoire et garder l’esprit vif. Le principal défi concernait les scènes d’interrogatoire, que nous avons tournées sur deux semaines. Le langage technique était difficile à apprendre et devait être parfaitement maîtrisé pour paraître naturel. J’ai même consulté la définition de certains termes que je ne connaissais pas (rires). Il fallait rester extrêmement concentrée. Ensuite, il s’agissait de rendre ces interrogatoires vivants, malgré la répétition des questions, tout en faisant évoluer l’émotion. C’était très exigeant, sur une longue durée, avec la crainte de se répéter.
Seriez-vous tentée par l’écriture ou la réalisation un jour ?
Pour l’instant, je ne me sens pas capable de le faire seule. Peut-être l’écriture en binôme ? Je n’aime pas la solitude. Je ne souhaite pas prendre toutes les décisions seule ni en porter l’entière responsabilité (rires). Mon compagnon, Julien Rombaldi, est réalisateur, et nous avons travaillé ensemble sur Les Meilleurs amis du monde (2010) et C’est la vie (2020). Nous parlons beaucoup de cinéma, chacun de notre point de vue. Il m’encourage à participer à l’écriture et à ne pas être uniquement interprète. Même si j’aime profondément ce métier, contribuer à l’écriture est une idée qui m’intimide encore, car j’ai beaucoup de respect pour les scénaristes et réalisateurs. Cette responsabilité m’impressionne, mais je pense que cela vaut la peine d’essayer.
Vous venez également d’incarner un rôle intense dans L’Intérêt d’Adam de Laura Wandel, celui de Lucie, infirmière pédiatrique en chef. Souhaitez-vous désormais un projet plus léger ?
Il y avait quelques mois d’écart entre les deux tournages, mais ce sont effectivement deux rôles très intenses. Est-ce que j’ai envie de quelque chose de plus léger ? Le truc, c’est que même si vous vous dites « tiens, je vais faire une comédie légère », eh bien, ce n’est pas léger, la comédie. C’est hyper dur (rires) ! |
Le drame policier Dossier 137 est présentement à l’affiche.


