Image tirée du film Frankenstein (1931)
Dans le nouveau film de Maggie Gyllenhaal, The Bride! (La Fiancée !), c’est l’acteur Christian Bale qui incarne Frankenstein, ou plutôt la « créature ». Créé par l’autrice britannique Mary Shelley en 1818, ce personnage à la fois terrifiant et tragique, né de l’obsession d’un scientifique, serait apparu au fil du temps dans plus de 400 films. MonCiné a décidé de revisiter quelques-unes des versions qui ont été portées au grand écran.
Produit par le studio Universal, le premier long métrage consacré à Frankenstein est signé par le cinéaste James Whale. Son film de 1931 est en fait une adaptation de la pièce de théâtre de 1927 écrite par l’autrice britannique Peggy Webling, elle-même inspirée de l’œuvre de Shelley. À l’origine, le producteur Carl Laemmle Jr. souhaitait que l’acteur Bela Lugosi, qui venait de connaître un immense succès dans Dracula plus tôt dans l’année, incarne la créature. Toutefois, celui-ci préférait plutôt personnifier le docteur Frankenstein. Lorsque James Whale est engagé par Laemmle Jr., il choisit plutôt d’offrir le rôle à Boris Karloff.
L’acteur anglais, de son vrai nom William Henry Pratt, était déjà un grand routier d’Hollywood, ayant joué dans plus de 80 films. Son interprétation dans Frankenstein fait de lui une figure marquante de la culture populaire, alors que le film remporte un immense succès. Universal va même jusqu’à protéger les droits visuels du maquillage de la créature, un design signé par l’artiste Jack Pierce. Pour le rôle, Karloff devait endurer une séance de maquillage quotidienne de quatre heures, qui consistait notamment à lui appliquer une peinture à graisse verdâtre. De plus, il devait enfiler des bottes à plateforme de dix centimètres afin de lui donner une stature imposante. Karloff incarnera la créature dans deux suites : Bride of Frankenstein (La Fiancée de Frankenstein, 1935), toujours avec Whale derrière la caméra, et Son of Frankenstein (Le Fils de Frankenstein, 1939).
« L’acteur anglais Boris Karloff, de son vrai nom William Henry Pratt, était déjà un grand routier à Hollywood, ayant joué dans plus de 80 films. Son rôle dans Frankenstein fait de lui une figure marquante de la culture populaire, alors que le film remporte un immense succès. »
L’année 1974 marque la consécration de l’acteur-scénariste-réalisateur Mel Brooks, alors qu’il tourne deux comédies devenues parmi les plus populaires de tous les temps : Blazing Saddles (Le Shérif est en prison) et Young Frankenstein (Frankenstein Junior). D’ailleurs, l’idée derrière cette version comique du mythe de Frankenstein naît sur le plateau de tournage de la parodie western. C’est la vedette du film, Gene Wilder, qui soumet l’idée à Brooks : « Et si le petit-fils de Frankenstein avait renié son héritage familial et en avait même honte ? » Séduit par la prémisse, Brooks convainc Wilder d’écrire le scénario avec lui. En revanche, le comédien accepte de jouer dans le film à la condition que Brooks ne figure pas au générique, estimant que ce dernier a parfois la propension à briser le quatrième mur. Brooks acquiesce à sa demande.
La collaboration se déroule somme toute bien, à l’exception de la célèbre séquence de chant et de danse sur Puttin’ on the Ritz, à propos de laquelle Brooks émet de fortes réserves. Il cède finalement aux arguments de Wilder, donnant naissance à l’une des scènes les plus iconiques du film.
Le cinéaste fait preuve d’audace en choisissant de tourner le film en noir et blanc, un procédé alors passé de mode, rendant ainsi hommage aux films de monstres d’Universal des années 1930. Son choix de Peter Boyle pour incarner la créature rend également le studio Twentieth Century Fox nerveux, l’acteur étant surtout connu pour ses rôles dramatiques intenses. Boyle donnera raison à Brooks grâce à une prestation sincère, conférant à son personnage la dose de naïveté nécessaire.
Malgré les nombreuses adaptations de Frankenstein portées au grand écran, il faut curieusement attendre 1994 pour voir apparaître une version se voulant plus fidèle au roman : Mary Shelley’s Frankenstein, réalisée par Kenneth Branagh. Le film est produit par Francis Ford Coppola qui, deux ans plus tôt, avait porté à l’écran Dracula, une adaptation du roman de Bram Stoker. Initialement, Coppola devait réaliser le film à partir d’un scénario de Steph Lady, et c’est lui qui avait choisi Robert De Niro pour interpréter la créature. À la suite de son désistement à la réalisation, il propose Branagh, en accord avec De Niro. L’acteur et réalisateur irlandais venait alors de connaître un succès critique et commercial avec son adaptation de la pièce de Shakespeare Much Ado About Nothing (Beaucoup de bruit pour rien).
Branagh engage Frank Darabont (The Shawshank Redemption ou À l’ombre de Shawshank) pour une réécriture du scénario afin d’y intégrer davantage d’éléments du roman de Shelley. Pour Darabont, l’expérience s’avère la plus frustrante de sa carrière : il reproche au cinéaste une vision artistique qui trahit l’esprit de son scénario. Selon lui, le résultat final est chaotique et dépourvu de subtilité. Issu du théâtre, Branagh cherche à donner une dimension shakespearienne et opératique à son film, un choix qui ne fera pas l’unanimité.
En revanche, le réalisateur reçoit des éloges pour son approche visuelle de la créature. Il souhaitait lui conférer une apparence chirurgicale plutôt que monstrueuse. Le maquillage de De Niro nécessitait jusqu’à quatre heures d’application quotidienne, et le travail de l’équipe lui vaudra une nomination aux Oscars. |
Le thriller d’épouvante The Bride! (La Fiancée !) prendra l’affiche le 6 mars.

