Image tirĂ©e du film L’Inconnu de la Grande Arche (2026)
Entrevue avec le cinĂ©aste Xavier Dolan pour la sortie du film L’Inconnu de la Grande Arche.
Dans LâInconnu de la Grande Arche, le nouveau film de StĂ©phane Demoustier (La Fille au bracelet, Borgo), Xavier Dolan incarne Jean-Louis Subilon, un bureaucrate quelque peu exaspĂ©rĂ© chargĂ© de coordonner le projet architectural auprĂšs du gouvernement. Pour son rĂŽle, le QuĂ©bĂ©cois a obtenu une nomination au CĂ©sar du meilleur acteur dans un second rĂŽle.
Quâest-ce qui vous plaisait dans ce personnage de Jean-Louis Subilonâ?
Câest un personnage qui est trĂšs vivant et dĂ©jĂ payant sur papier. PremiĂšrement, jâai compris en lisant le scĂ©nario que le personnage pouvait tendre Ă ĂȘtre une figure quâon aime plus ou moins. Câest un bureaucrate un peu psychorigide, mais je ne lâai pas du tout perçu comme ça Ă la lecture. Je le trouvais plutĂŽt attachant. Ă la limite, je trouvais le personnage de lâarchitecte encore plus dur Ă dĂ©fendre. On a de la compassion pour les frustrations quâil vit comme artiste, mais je le trouvais trĂšs dur envers mon personnage. Je ne sais pas si câest parce que je me suis mis dans cette disposition-lĂ dĂšs le dĂ©part, en voulant le dĂ©fendre, mais ça a Ă©tĂ© facile pour moi dâaimer ce gars-lĂ rapidement, puis dâavoir envie, en tout cas, de lâincarner. Je le trouvais drĂŽle, Ă©videmment, dans la maniĂšre dont il a Ă©tĂ© Ă©crit, puis jâai vu assez rapidement ce que jâavais envie de faire. Ăvidemment, tout ça a Ă©tĂ© confrontĂ© Ă la vision quâavait StĂ©phane de son film. Il avait une vision trĂšs claire, une pensĂ©e toujours articulĂ©e de maniĂšre trĂšs Ă©loquente. Câest quelquâun qui sait ce quâil veut. Ăa a Ă©tĂ© un bonheur de travailler avec lui, quâil me dirige et quâil me guide, en fait, dans cette composition.
Le film se dĂ©roule dans les annĂ©es 1980, soit il y a presque 50 ans. On peut presque parler dâun film dâĂ©poque.
Bien oui, câen est un, absolument.
Pour vous en tant que comĂ©dien, jâimagine que ça doit ĂȘtre assez plaisant de tourner dans ces dĂ©cors-lĂ , mĂȘme si câest assez contemporain, mais avec tous les accessoires de lâĂ©poqueâ?
Câest toujours le fun de sâĂ©loigner dâaujourdâhui, de lâici et maintenant. DĂšs quâon est dans le passĂ©, en termes de reconstitution â les voitures, les costumes â, il y a tout de suite quelque chose de plus texturĂ©, de plus immersif. On sent quâon raconte une histoire, quâon est dans un cadre que, moi, je trouve inspirant. Je pense que tous les cadres de films peuvent ĂȘtre inspirants si les scĂ©narios sont bons, mais il y a une plus-value dans lâidĂ©e que ça se situe Ă une autre Ă©poque.
Quand on voit Swann Arlaud et vous aux cĂŽtĂ©s de Claes Bang, qui incarne lâarchitecte danois Johan Otto von Spreckelsen, vous paraissez comme des Hobbits. Il a lâair vraiment imposant physiquement. Est-ce que câest vraiment le casâ?
Oui, câest vraiment le cas (rires). Il est trĂšs, trĂšs grand. Ăa fonctionnait, Ă©videmment, dâun point de vue hiĂ©rarchique, avec la position et la posture de mon personnage par rapport Ă lâartiste, par rapport Ă lui, par rapport Ă ce gĂ©ant inconnu qui dĂ©barque du Danemark. Ce nâest pas non plus quelque chose que jâai ressenti, quoique câĂ©tait trĂšs Ă©vident. JâĂ©tais content, en tout cas, que Swann soit de ma taille (rires).
«âCâest un personnage qui est trĂšs vivant et dĂ©jĂ payant sur papier. PremiĂšrement, jâai compris en lisant le scĂ©nario que le personnage pouvait tendre Ă ĂȘtre une figure quâon aime plus ou moins. Câest un bureaucrate un peu psychorigide, mais je ne lâai pas du tout perçu comme ça Ă la lecture. Je le trouvais plutĂŽt attachant.â»
Jâai eu la chance dâinterviewer Swann et il Ă©tait trĂšs excitĂ© Ă lâidĂ©e de tourner avec vous. Il est un grand fan depuis votre premier film, Jâai tuĂ© ma mĂšre.
Il ne mâen a pas parlĂ© dans ces mots-lĂ (rires), mais en tout cas, moi, jâĂ©tais ravi de travailler avec lui. Jâai beaucoup dâadmiration pour lui comme acteur, puis on a eu immĂ©diatement Ă©normĂ©ment de plaisir Ă jouer ensemble. Comme collĂšgues, la chimie Ă©tait lĂ dĂšs le dĂ©part.
Bien que ce soit un film «âhistoriqueâ», la production bĂ©nĂ©ficiait quand mĂȘme dâun budget modeste, soit 6,5 millions dâeuros. Avez-vous eu la chance de vous prĂ©parer un peu avant le tournageâ?
Moi, en ce qui me concerne, ça se limitait Ă une ou deux lectures du scĂ©nario avec lâĂ©quipe de comĂ©diens, puis Ă des essayages de costumes, ce qui nâa pas Ă©tĂ© bien long, puisque je nâen avais quâun seul (rires).
Quelle a Ă©tĂ© votre scĂšne prĂ©fĂ©rĂ©e Ă tournerâ?
Le rĂ©alisateur, StĂ©phane Demoustier, avait parfois lâidĂ©e que certaines scĂšnes soient tournĂ©es en plan-sĂ©quence. Donc, tu sais, ça impose Ă©videmment toute une organisation et une concentration. Il y a un plan-sĂ©quence assez long qui se dĂ©place beaucoup, dâun point A Ă un point B, oĂč on change de personnage, de sujet, oĂč on le suit dans une salle, puis on revient. Il y a beaucoup de figurants aussi. Câest la scĂšne dâouverture, en fait. Donc ça, câest un trĂšs beau souvenir de tournage.
Justement, comment est StĂ©phane Demoustier comme rĂ©alisateurâ?
StĂ©phane se donnait le temps de bien faire les choses et de parler avec nous. En tout cas, moi, jâai souvent pu discuter, aller dans le dĂ©tail pour affiner, prĂ©ciser, rĂ©flĂ©chir justement au personnage de Subilon. Câest quelquâun de trĂšs ouvert, de trĂšs intelligent et de trĂšs Ă lâĂ©coute.
Quâest-ce qui vous a plu de tourner en Franceâ?
Câest sĂ»r quâen termes dâenvironnement, nous sommes un pays jeune. La France est lĂ depuis des siĂšcles et on est entourĂ©s de ce cadre haussmannien, qui sert bien le film, dâailleurs. Paris, câest extrĂȘmement beau et inspirant visuellement. Disons que, comme trame de fond, câest trĂšs riche.
Le film a reçu une belle reconnaissance aux CĂ©sar avec huit nominations, dont une pour chacun des quatre comĂ©diens, incluant vous-mĂȘme. Comment avez-vous vĂ©cu çaâ?
Pour les Français et pour moi, Ă©videmment, câest la reconnaissance la plus prestigieuse du cinĂ©ma quâils peuvent obtenir ici, chez eux, dans leur pays. Les acteurs sont reconnus, mais aussi StĂ©phane pour sa rĂ©alisation. Je pense que ça confirme la trĂšs belle expĂ©rience qui a Ă©tĂ© vĂ©cue jusquâici. Câest un film que le public et la critique ont aimĂ©, et maintenant que lâindustrie reconnaĂźt aussi. On connaĂźt la complexitĂ© et la difficultĂ© de faire des films, de se battre pour les financer, de convaincre les institutions et les groupes privĂ©s dây croire, dây investir. Ăvidemment, dâavoir cette reconnaissance-lĂ en conclusion, en fin de parcours, je ne peux que me rĂ©jouir pour le film et pour StĂ©phane. |
Le drame historique LâInconnu de la Grande Arche prendra lâaffiche le 13 mars.


