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Entrevue avec Louis Morissette

CrĂ©dit photo : Tzara Maud

Entrevue avec le comédien Louis Morissette pour la sortie du film François.e.

Humoriste, scĂ©nariste, producteur et acteur, Louis Morissette enchaĂźne les succĂšs autant sur scĂšne qu’à la tĂ©lĂ©vision et au cinĂ©ma. Pour le grand Ă©cran, il coscĂ©narise les populaires comĂ©dies dramatiques Le Mirage (2015) et Le Guide de la famille parfaite (2021), toutes deux rĂ©alisĂ©es par Ricardo Trogi. Dans la comĂ©die dramatique François.e., de Jean-François Asselin (Ă©galement rĂ©alisateur de la sĂ©rie Plan B), Louis Morissette incarne un scĂ©nariste en pleine crise existentielle qui se fait passer pour une femme trans afin d’obtenir le financement de sa tĂ©lĂ©sĂ©rie.

Comment est nĂ© ce projet de film ?

C’est une idĂ©e originale du scĂ©nariste Jean-François LĂ©ger. Je trouvais que c’était un flash baveux, mais j’avais quand mĂȘme beaucoup de rĂ©serves. C’était clair qu’on ne pouvait pas Ă©crire ça Ă  deux. On a donc demandĂ© Ă  l’autrice Gabrielle Boulianne-Tremblay, une femme trans, de nous aider Ă  l’écriture du scĂ©nario. On a donc tous travaillĂ© ensemble.

Est-ce que le financement a Ă©tĂ© long Ă  obtenir ?

Pas si long comparativement Ă  d’autres projets. On venait de connaĂźtre un beau succĂšs avec Le Cyclone de NoĂ«l. On a proposĂ© le projet Ă  Radio-Canada, qui Ă©tait prĂȘte Ă  rĂ©pĂ©ter l’expĂ©rience, puisqu’elle avait participĂ© au financement du film. À part ça, on n’avait que la SODEC. Donc, quand on n’attend pas aprĂšs TĂ©lĂ©film Canada, ça va gĂ©nĂ©ralement plus vite (rires).

Qu’est-ce que le rĂŽle de François reprĂ©sentait comme dĂ©fi pour toi en tant qu’acteur ?

C’est une comĂ©die irrĂ©vĂ©rencieuse avec un message profond, mais la ligne Ă©tait quand mĂȘme mince dans la façon de l’interprĂ©ter. Assez rapidement, j’ai approchĂ© la communautĂ© trans afin d’échanger et de comprendre. Je me suis rendu compte que tout le monde a sa propre rĂ©alitĂ©, avec plein de nuances. C’est certain que des gens vont dire : « Ça, ça se peut ; ça, non », mais en mĂȘme temps, je joue quelqu’un qui fait semblant d’ĂȘtre trans. Donc, c’est normal qu’il soit malhabile dans tout ça.

« C’est une comĂ©die irrĂ©vĂ©rencieuse avec un message profond, mais la ligne Ă©tait quand mĂȘme mince dans la façon de l’interprĂ©ter. Assez rapidement, j’ai approchĂ© la communautĂ© trans afin d’échanger et de comprendre. Je me suis rendu compte que tout le monde a sa propre rĂ©alitĂ©, avec plein de nuances. »

C’est un sujet qui peut tendre Ă  la controverse. Quelle Ă©tait la clĂ© afin d’avoir la bonne approche ?

On avait un comité de consultation aux aguets, avec Gabrielle et la comédienne trans Pascale Drevillon. Nous avons fait lire le scénario à plusieurs personnes trans, avec lesquelles on a échangé amplement sur le texte. On a validé plus de choses que moins.

Vous travaillez avec le rĂ©alisateur Jean-François Asselin depuis les dĂ©buts de sa sĂ©rie Plan B, tant comme acteur dans la premiĂšre saison que comme producteur pour les suivantes. Pourquoi Ă©tait-il le bon choix pour ce film ?

Jean-François est un rĂ©alisateur et un directeur de comĂ©diens d’exception. Je pense qu’avec mon rĂŽle de Philippe dans Plan B, je n’ai jamais Ă©tĂ© aussi bon (rires). Il sort le meilleur de moi. J’avais besoin de lui (rires). Mais Jean-François a aussi une sensibilitĂ© et un grand sens de l’humour qui allaient trĂšs bien servir le film.

Comment as-tu rĂ©agi la premiĂšre fois en te voyant en femme ?

Ça a Ă©tĂ© un choc (rires) ! Je savais depuis le dĂ©but que j’allais la jouer, mais tu n’as pas idĂ©e Ă  quel point c’est capotĂ© (rires). J’ai vraiment eu une prise de conscience sur mon image. Je ne voyais que mes rides (rires). Je me trouvais plus vieille que plusieurs femmes de 50 ans que je connais (rires). Une maquilleuse m’a mĂȘme dit que j’avais la peau sĂšche et m’a suggĂ©rĂ© du skin care (rires). Je me suis retrouvĂ© avec des crĂšmes de jour, de nuit, de l’exfoliant
 Moi, dans la vie, je me lĂšve, je prends une douche, je me brosse les dents, je m’habille et je me coiffe d’une casquette. C’est vraiment long et compliquĂ© pour les femmes qui cherchent Ă  se conformer aux standards de beautĂ© de la sociĂ©tĂ©.

Quelle scĂšne a Ă©tĂ© la plus dure Ă  tourner ?

Il y a une scĂšne dans laquelle Robin Aubert me rase les poils des fesses. Mon personnage est dans le laisser-aller. Je n’allais plus au gym (rires) ! Quand tu te vois sur grand Ă©cran dans cette shape-lĂ , c’est confrontant. En plus, je passais la journĂ©e Ă  tenir mon pĂ©nis dans ma main. Quand je suis rentrĂ© Ă  la maison, j’ai dit Ă  ma femme que c’était la journĂ©e la plus exigeante professionnellement de ma vie depuis mes dĂ©buts de carriĂšre (rires).

Quelle scĂšne a Ă©tĂ© la plus drĂŽle ?

Les scĂšnes avec GeneviĂšve Schmidt ! On a beaucoup dĂ©crochĂ© avec ses niaiseries, souvent juste Ă  cause de sa respiration. Aussi, Ă  la fin de ses rĂ©pliques, elle ajoute parfois des sons et des grognements. Tu ne peux pas me faire ça (rires) ! Elle est une virtuose de la comĂ©die.

Tu Ă©cris, tu produis et tu joues. Est-ce que tu pourrais ĂȘtre tentĂ© par la rĂ©alisation un jour ?

Je commence prĂ©sentement un tournage en tant que corĂ©alisateur avec la comĂ©dienne Rachel Gratton. Le film s’intitule Zone de sortie. C’est une comĂ©die sur le hockey fĂ©minin que nous avons coĂ©crite avec Jean-François LĂ©ger. Je me sentais prĂȘt avec ce projet. |

La comĂ©die dramatique François.e. prendra l’affiche le 8 juillet.