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Entrevue avec la cinĂ©aste Alice Vial pour la sortie du film L’Ăme idĂ©ale.
ScĂ©nariste, actrice et rĂ©alisatrice française, Alice Vial a remportĂ© le CĂ©sar du meilleur court mĂ©trage avec Les Bigorneaux (2018). Elle signe son premier long mĂ©trage avec LâĂme idĂ©ale, qui raconte lâhistoire dâElsa, 40 ans, cĂ©libataire, qui a renoncĂ© aux histoires dâamour. Un don un peu spĂ©cial la garde Ă distance des autresâ: elle peut voir et parler aux morts. Pourtant, un soir, elle rencontre Oscar, un homme drĂŽle et charmant, qui lui fait espĂ©rer Ă nouveau que tout est possible. En tĂȘte dâaffiche, on retrouve Jonathan Cohen dans une prestation plus retenue et Magalie LĂ©pine-Blondeau, pour qui il sâagit dâune premiĂšre prĂ©sence dans un film français.
Comment avez-vous collaborĂ© avec le coscĂ©nariste Jean-Toussaint Bernard sur ce scĂ©narioâ?
Câest vraiment lui qui est venu me chercher. Il est aussi coproducteur du film et il avait dĂ©jĂ quelques pages avec ce point de dĂ©partâ: Elsa, une passeuse dâĂąmes, qui va rencontrer un mort et qui nâarrive pas Ă lui dire quâil nâest plus lĂ . Du coup, je lâai rejoint pour Ă©crire. Ce sont vraiment nos sensibilitĂ©s qui se sont retrouvĂ©es dans le scĂ©nario. Mais câest particulier de faire un premier film qui nâest pas ma propre idĂ©e. Enfin, câest presque une commande. AprĂšs, jâai pris un peu de temps pour vraiment me lâapproprier. Quand mes producteurs me lâont proposĂ© Ă la rĂ©alisation, je me suis ditâ: «OK, lĂ , il faut que je mâen empare.»
Quâest-ce qui vous rejoignait dans la prĂ©misse du filmâ?
Je pense quâil y avait deux aspects. Il y a dâabord lâaspect purement fictionnelâ: lâexcitation de pouvoir mĂ©langer les genres, ce qui reprĂ©sente un dĂ©fi trĂšs pĂ©rilleux. Ăa mâa tout de suite semblĂ© un peu risquĂ©â: on est entre la comĂ©die, le drame, la romance et le fantastique. Donc ça, ça me plaisait beaucoup. La figure du fantĂŽme aussi. Et puis lâidĂ©e, pour moi, que lâamour et la mort sont deux sujets trĂšs concomitants, puisque toute histoire dâamour est vouĂ©e, Ă un moment donnĂ©, Ă sâarrĂȘter Ă cause de la mort. Plus personnellement, sans rentrer dans lâintime, je pense quâon a tous nos absents. Moi, jâavais des absents importants dans ma vie qui mâont tellement Ă©clairĂ©e et guidĂ©e que lâidĂ©e que lâinvisible est un peu lĂ et quâon est accompagnĂ©, câest quelque chose qui me parle.
Justement, quâest-ce qui Ă©tait pĂ©rilleux au niveau de lâĂ©criture afin de faire croire au cĂŽtĂ© fantaisiste du film, au fantĂŽme et tout ça, sans tomber dans les clichĂ©sâ?
CâĂ©tait difficile parce quâil ne fallait pas que ça devienne une salade indigeste, avec trop dâingrĂ©dients qui, normalement, ne vont pas ensemble. En fait, je ne voulais pas que la comĂ©die soit loufoque, mĂȘme si jâadore le loufoque. Il ne fallait pas non plus que lâhistoire dâamour soit trop sucrĂ©e, trop kitsch, trop mielleuse. Dans chaque genre, il y a des Ă©cueils. Le mĂ©lo aussiâ: il ne faut pas tomber dans le pathos. Et en fait, on avait tout en mĂȘme temps (rires). Il fallait surtout quâon y croie et quâon monte dans le train avec les personnages sans en descendre.
«âMagalie, on a tous eu un Ă©norme coup de foudre en voyant Simple comme Sylvain. Je pense que beaucoup de Français se sont ditâ: âMais tu Ă©tais oĂč avant, pendant tout ce tempsâ?â Vous avez une Meryl Streep (rires)â! Elle est extraordinaireâ!â»
DâoĂč lâimportance dâavoir un casting avec des acteurs qui suscitent lâempathie. Jonathan Cohen, qui est aussi coproducteur du film, Ă©tait-il attachĂ© au projet en tant quâacteur dĂšs le dĂ©but de lâĂ©critureâ?
Il ne sâest pas offert le rĂŽle. Il est vraiment trĂšs carrĂ©. Il arrive Ă sĂ©parer la partie production et la partie jeu. Du coup, quand je lui ai proposĂ©, il ne mâa pas tout de suite dit oui. Il ne mâa pas dit non, mais il mâa ditâ: «Ăcoute, il faut que tu travailles le scĂ©nario.» Il a vraiment donnĂ© son accord assez tard. Un vrai oui, franc. OK, letâs go, on y va (rires) ! Ce qui est tout Ă fait honorable de sa part. Et moi, je lâadore (rires)â! Je le suis depuis trĂšs longtemps.
On retrouve Ă©galement une actrice trĂšs aimĂ©e au QuĂ©bec, Magalie LĂ©pine-Blondeau, dans le rĂŽle dâElsa. Comment en ĂȘtes-vous venue Ă la choisirâ?
Magalie, on a tous eu un Ă©norme coup de foudre en voyant Simple comme Sylvain. Je pense que beaucoup de Français se sont ditâ: «Mais tu Ă©tais oĂč avant, pendant tout ce tempsâ?» Vous avez une Meryl Streep (rires)â! Elle est extraordinaireâ! On lâa rencontrĂ©e par hasard, tous les deux, la mĂȘme semaine. Jâai une amie commune avec elle, quĂ©bĂ©coise, qui vit en France, et Jonathan aussi. La mĂȘme semaine, Ă deux soirs dâintervalle, on passait la soirĂ©e avec elle et Jonathan et moi avons pensĂ© Ă elle en mĂȘme temps. Je nâosais pas le dire Ă Jonathan. Je me suis dit quâil allait trouver quâelle nâĂ©tait pas assez connue en France (rires). Et en fait, câĂ©tait comme un alignement de planĂštes. CâĂ©tait elle (rires)â!
Comme vous le mentionnez, il sâagit dâun premier long mĂ©trage pour vous. Quelle scĂšne a reprĂ©sentĂ© le plus grand dĂ©fi pour vous en tant que rĂ©alisatriceâ?
Le plus gros dĂ©fi en rĂ©alisation pure â et je ne parle pas de mes acteurs, que je trouve toujours magnifiques â, câĂ©tait les scĂšnes de comĂ©die pure. Jâadore, dans les films, quand les personnages ont de la rĂ©partie, quand on dĂ©samorce avec un trait dâhumour. Ăa, ça va. Câest quelque chose que jâaime faire dans mes projets. Je parle vraiment des scĂšnes oĂč il y a cette idĂ©e du fantĂŽme, qui nâest pas vu par les autres et qui peut crĂ©er de la comĂ©die. Ce sont celles-lĂ qui ont Ă©tĂ© les plus difficiles Ă faire.
Magalie et Jonathan partagent une belle complicitĂ© Ă lâĂ©cran. Comment sâest dĂ©roulĂ©e cette expĂ©rience de tournage avec eux et avez-vous rĂ©pĂ©tĂ© un peu avant pour crĂ©er cette chimieâ?
Je pense quâil y a une part de chance dans le fait quâils sâentendent trĂšs bien et quâils sont trĂšs complices. Ils sont comme cul et chemise, comme on dit (rires). Comme des frĂšre et sĆur insĂ©parables. Ăa, on ne peut pas le forcerâ: ça prend ou ça ne prend pas. Ce qui a Ă©tĂ© vraiment prĂ©cieux, câest que ce sont deux grands bosseurs et que, six mois avant le tournage, Magalie est venue une semaine en France. On sâest mis autour dâune table, comme au théùtre, et on a rĂ©flĂ©chi Ă chaque scĂšneâ: quâest-ce quâon veut direâ? Quâest-ce quâon raconteâ? Ils ont improvisĂ© quand il y avait besoin. Du coup, on arrivait trĂšs solides sur le plateau. On Ă©tait unis. Et en plus, on avait une Ă©quipe magnifique.
Votre film fait du bien Ă lâĂąme. QuâespĂ©rez-vous que le public ressente en le voyantâ?
Câest beau ce que vous dites. Jâaime bien cette expression (rires). Ce qui me touche, câest que les gens viennent nous parler du film. Il y a Ă la fois une histoire dâamour, et je pense quâils vibrent avec elle. Mais ils nous parlent aussi de leurs absents. Ils nous parlent de leur envie de vivre. Sans que ce soit un film Ă message, on pose des questions. Je ne crois pas quâon apporte des rĂ©ponses, mais comme vous lâavez dit, si ça leur fait du bien et que ça leur donne envie de vivre un peu plus fort, mĂȘme pour quelques secondes, tant mieux. On sait que les films, mĂȘme si câest court, ça remplit, ça fait du bien. |
Le drame romantique fantaisiste LâĂme idĂ©ale est prĂ©sentement Ă lâaffiche.


