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Entrevue avec Nathan Ambrosioni

CrĂ©dit photo : Unifrance

Entrevue avec le cinéaste Nathan Ambrosioni pour la sortie du film Les Enfants vont bien.

Nathan Ambrosioni est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et monteur français. ÂgĂ© de 26 ans, il a dĂ©jĂ  tournĂ© cinq longs mĂ©trages : Hostile (2014), Therapy (2016), Les Drapeaux de papier (2018), Toni, en famille (2023) et, plus rĂ©cemment, Les Enfants vont bien, pour lequel il met de nouveau en scĂšne Camille Cottin. Ce drame raconte l’histoire de Jeanne, dont la vie bascule lorsque sa plus jeune sƓur, Suzanne, disparaĂźt en pleine nuit, lui laissant la garde de ses deux enfants de huit et dix ans.

Comment vous est venue cette histoire ?

C’est un sujet qui rĂ©sonne trĂšs personnellement avec ma dynamique familiale, et c’est lĂ  que je me suis dit que j’avais envie d’en faire un film. La famille occupe une place centrale dans notre sociĂ©tĂ© et on a du mal Ă  la remettre en question. Moi, j’aime ça (rires) ! Je pense effectivement que la dysfonctionnalitĂ© de ma propre famille m’a poussĂ© Ă  me poser ces questions-lĂ . Ma sƓur est partie vivre en Nouvelle-ZĂ©lande, Ă  l’autre bout du monde, en 2019, et elle n’est jamais revenue. On est en contact, mais il y a quand mĂȘme ce manque. J’ai donc eu envie de parler de ceux qui restent.

Avez-vous effectuĂ© des recherches en amont de l’écriture du scĂ©nario ?

J’ai rencontrĂ© des assistants sociaux, des psychologues pour enfants et des policiers. Ces Ă©changes se sont avĂ©rĂ©s trĂšs intĂ©ressants, mais aussi trĂšs joyeux, parce que je me rendais compte de l’humanitĂ© de ces gens-lĂ , au-delĂ  de l’administration et du cadre juridique. Il y avait vraiment des humains qui occupaient ces fonctions et qui cherchaient des solutions pour cette famille fictive. Ça me touchait beaucoup (rires). J’ai Ă©normĂ©ment appris grĂące Ă  eux et ils ont, d’une certaine façon, participĂ© Ă  l’écriture des scĂšnes administratives.

AprĂšs Toni, en famille et ce nouveau film, comment expliquez-vous votre aisance Ă  Ă©crire des rĂŽles fĂ©minins matures et trĂšs forts, malgrĂ© votre jeune Ăąge (26 ans) ?

C’est vraiment le travail avec Camille Cottin sur Toni, en famille qui m’a donnĂ© un nouveau souffle pour aller au bout du scĂ©nario de ce film-ci. C’est une femme de son Ăąge, donc cela dĂ©terminait certaines caractĂ©ristiques du personnage, et ensuite j’ai construit le scĂ©nario autour d’elle. Je crois aussi que je m’identifie plus facilement, en tant que spectateur, Ă  des personnages fĂ©minins. Ils m’intĂ©ressent davantage.

C’est votre deuxiùme film avec Camille Cottin. Qu’est-ce qui vous plaüt chez elle comme actrice ?

Camille, je l’adore (rires) ! Nous sommes devenus trĂšs amis grĂące Ă  Toni, en famille. Pendant le tournage, c’était trĂšs facile de traverser le film avec elle, mais je sentais qu’il y avait des regards, des choses de son intĂ©rioritĂ© qui ne correspondaient pas au film et que je ne pouvais pas exploiter. J’ai dĂ» en couper au montage, et ça me frustrait (rires) ! Il y avait toute une part d’elle qu’on ne pouvait pas explorer. C’est pour cela que j’ai Ă©crit ce nouveau personnage, Ă  l’opposĂ©, qui ne lui ressemble pas du tout. Camille est aussi forte dans l’excentricitĂ© que dans la retenue. Dans Toni, en famille, on pouvait davantage explorer ce cĂŽtĂ© trĂšs vivant. Ici, j’avais envie d’aller vers quelque chose de plus neutre, de plus intĂ©rieur. J’étais trĂšs content de la retrouver.

« C’est un sujet qui rĂ©sonne trĂšs personnellement avec ma dynamique familiale, et c’est lĂ  que je me dis que j’ai envie d’en faire un film. La famille occupe une place centrale dans notre sociĂ©tĂ© et on a du mal Ă  la remettre en question. Moi, j’aime ça (rires) ! »

Elle forme une trĂšs belle paire avec Juliette Armanet, mĂȘme si celle-ci est moins prĂ©sente Ă  l’écran. Comment est nĂ© ce choix ?

J’ai rencontrĂ© Juliette grĂące Ă  Camille, qui m’a emmenĂ© voir son spectacle Ă  l’Olympia. Elle est magistrale sur scĂšne. À la fin, elles se sont prises dans leurs bras et, je ne sais pas pourquoi, leur sororitĂ© me paraissait Ă©vidente. DĂ©jĂ  physiquement, elles se ressemblent, et il leur arrive d’ĂȘtre confondues dans la rue (rires). Mais il y avait aussi une complicitĂ© qui allait au-delĂ  de la ressemblance, que je trouvais trĂšs belle. Je n’avais jamais vu Juliette jouer, mais j’avais confiance en l’énergie qu’elle dĂ©gageait. J’en ai parlĂ© Ă  Camille et je lui ai dit : « Pourquoi ne pas proposer Juliette ? » Il y avait quelque chose d’évident entre elles, et Juliette Ă©tait partante. J’ai ensuite vu le court mĂ©trage Partir un jour et je l’ai trouvĂ©e formidable. Juliette est une actrice gĂ©niale. J’ai adorĂ© travailler avec elle, et j’étais trĂšs triste quand elle est partie (rires). Elle n’a eu que cinq jours de tournage et, Ă  la fin, je me suis dit : « Mince, j’aurais dĂ» Ă©crire une histoire oĂč elles se retrouvent plutĂŽt que se sĂ©parent » (rires).

On retrouve Ă©galement Monia Chokri au gĂ©nĂ©rique. Pourquoi ce choix ?

Camille et Monia viennent du mĂȘme monde du cinĂ©ma, mais Monia est aussi rĂ©alisatrice et joue dans ses propres films. L’idĂ©e d’avoir son talent de rĂ©alisatrice dans le film m’inspirait beaucoup, mĂȘme si elle n’allait pas rĂ©aliser. Je sentais que j’allais pouvoir capter quelque chose de cette substance-lĂ . Monia a une grande douceur Ă  l’écran et quelque chose de trĂšs solaire, ce dont le personnage de Nicole avait besoin. Elle apporte un vĂ©ritable moment de rĂ©confort pour le spectateur. J’ai adorĂ© travailler avec elle sur le plateau. Elle est trĂšs technique comme actrice, sans doute parce qu’elle est rĂ©alisatrice : elle a besoin de connaĂźtre prĂ©cisĂ©ment ses marques. Elle est trĂšs diffĂ©rente de Camille, et j’ai justement aimĂ© travailler diffĂ©remment avec chacune. Les voir face Ă  face dans la longue scĂšne du restaurant Ă©tait un vrai plaisir. Au montage, avec mon assistante, on n’arrivait jamais Ă  choisir laquelle montrer tant elles Ă©taient toutes les deux formidables (rires).

Le processus a-t-il Ă©tĂ© long pour trouver les enfants comĂ©diens ?

Oui ! J’en ai vu environ 500. ManoĂą Varvat et Nina Birman se sont dĂ©marquĂ©s assez rapidement. Ils avaient trĂšs envie de faire le film. C’était gĂ©nial de travailler avec eux sur le bateau. Ils Ă©taient trĂšs attentifs et connaissaient leurs textes par cƓur. Travailler avec des enfants implique une autre maniĂšre de faire : on ne peut pas employer les mĂȘmes mots qu’avec des adultes. Il faut leur parler diffĂ©remment. Moi, je voulais que ce soit un jeu, qu’ils s’amusent sur le plateau, parce qu’ils traversent un film assez particulier. Il y a une grande spontanĂ©itĂ© chez les enfants, et j’aimais beaucoup les observer.

Quelle scĂšne a reprĂ©sentĂ© le plus grand dĂ©fi en tant que rĂ©alisateur ?

Celle du coup de fil avec les enfants. On a un nombre d’heures limitĂ© par jour avec eux, et c’est une scĂšne de sept pages de dialogue avec des enfants de six et neuf ans (rires). Toute l’équipe me disait qu’on n’y arriverait jamais. On l’a redoutĂ©e pendant longtemps ! Finalement, on l’a tournĂ©e en deux jours. Il fallait replonger les enfants dans cet Ă©tat Ă©motionnel. On utilisait la technique du « perroquet » : je leur disais le texte en mĂȘme temps qu’eux, j’étais un peu la voix dans leur tĂȘte. Ensuite, j’enlevais ma voix. C’était trĂšs technique, mais aussi trĂšs fort. Je me souviens d’une prise, un long plan, oĂč je me suis retournĂ© aprĂšs avoir dit « coupez » et j’ai vu la stagiaire Ă©lectro en larmes. Je me suis dit : « Peut-ĂȘtre qu’on l’a » (rires) !

Le drame Les Enfants vont bien prendra l’affiche le 16 janvier.